Scène Finale de Whiplash

Whiplash en quelques mots, c’est l’histoire d’Andrew, un batteur cherchant à accomplir son rêve : devenir l’un des meilleurs dans son domaine. Malheureusement, il va vite se rendre compte de la difficulté de la tâche, surtout avec un professeur qui lui met sans cesse des bâtons dans les roues. La scène finale de Whiplash devient l’accomplissement du travail fournit par Andrew à travers un morceau de batterie de 9 minutes mélangeant tension des regards, synchronisation et maîtrise du rythme.

Bref récap’

Pour vous remettre dans le bain, Andrew vient de se faire ridiculiser devant son public car son professeur lui avait donné les mauvaises partitions à travailler. Il décide de ne pas se laisser abattre et revient sur scène avec la ferme intention de jouer sa chanson : Caravan. Une fois qu’il a commencé à jouer, il ne s’arrête plus et impose aux musiciens de le suivre. Fletcher (le prof), au bord de la crise de nerf, ne peut communiquer avec lui que par le regard et nous verrons que dans cet extrait, la réalisation est tout à fait remarquable lorsqu’il s’agit de mettre en scène ces regards.

Caravan, un standard de la composition Jazz

La musique jouée durant ce final est une musique composée par Duke Ellington, Juan Tizol et Irving Mills nommée Caravan. Elle symbolise, dans le film, tout le travail qui a été accompli par Andrew puisqu’elle est prolongée par son solo de batterie qui démontre son talent certain. D’ailleurs, la musique a été largement retravaillée par John Wasson (la musique originale est tombée dans le domaine public depuis longtemps) pour qu’elle soit adaptée au style Big Band Jazz.
Ce style de Jazz est apparu aux alentours des années 60 et est souvent composé de deux saxophones alto, deux saxophones ténor, un saxophone baryton, quatre trombones et quatre trompettes pour la partie instrument à vent. Pour la section rythmique, on retrouve piano, contrebasse, batterie (c’est ce qui nous intéresse !) et parfois une guitare.
Dans l’ultime représentation d’Andrew à la fin du film, la réalisation est bien évidement centrée sur la batterie, mais des moments sont aussi accordés à tous les autres musiciens du groupe pour montrer l’importance de chaque musicien dans la chanson.

Le cadrage au service d’Andrew Neiman

Dans cette scène finale, les changements de plan choisis pour rythmer la séquence sont tous calqués sur la partie instrumentale d’Andrew. De multiples panoramiques « éclairs » sont utilisés pour montrer l’échange qu’il y a entre le chef d’orchestre (Fletcher) et la batterie (de 00:04:05 à 00:04:28). Les « cuts » sont effectués minutieusement au tempo de la musique ce qui accentue la dynamique de la scène.

J’aimerais m’arrêter sur un point qui m’a semblé marquant : Fletcher est à plusieurs reprises mis en retrait par rapport à la batterie, comme s’il était, cette fois-ci (contrairement au reste du film), inférieur à Andrew. En effet, alors que le batteur impose sa chanson à Fletcher, on remarque la volonté du réalisateur de vouloir « écraser » le professeur en le mettant au second plan (voir ci-dessous).

Professeur Fletcher Whiplash

Un solo suspendu dans le temps

Inutile de vous commenter en entier le solo de batterie d’Andrew (une bonne vidéo vaut mieux qu’un long discours), mais j’aimerai attirer votre attention sur un extrait un peu particulier. De 1 min 17 à 1 min 30, le temps semble suspendu, le son de la batterie s’est atténué jusqu’à qu’on ne l’entende plus. On n’entend plus qu’un bruit blanc (un peu comme si on était sous l’eau) et les mouvements des mains d’Andrew semblent ralentis par ce dernier. La difficulté que semble éprouver Andrew à réussir son solo se lit clairement sur son visage. Je pense que le réalisateur a voulu accentuer cette partie-là en arrêtant complétement la musique pour que l’on puisse se concentrer uniquement sur l’effort (qui semble d’ailleurs insurmontable !). Le son de la batterie repart ensuite crescendo, mais nous étions pendant quelques secondes coupés du monde aux côté d’Andrew, forcés de reconnaître la souffrance qu’il devait endurer pour maintenir le rythme de son solo.

Selon moi, cet extrait est un véritable final en apothéose ! Quoi de plus satisfaisant que de voir un élève rabattre le caquet de son prof en lui claquant son meilleur solo. Le choix des plans joue un rôle très important en apportant du rythme au montage que ce soit dans la première partie avec le groupe ou dans la deuxième partie lors du solo. Mais c’est aussi (et avant tout !) un délice pour les oreilles d’entendre ce morceau revisité de Caravan qui permet de conclure sur un film rendant un bel hommage à l’époque des Big Band Jazz.

Informations :

Titre original : Whiplash
Réalisateur : Damien Chazelle
Distribution : Blumhouse Productions, Bold Films, Exile Entertainment, Right of Way Films
Genre : Drame
Nationalité : Américain

Site officiel : http://sonyclassics.com/whiplash/

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